07. Construction sans permis : prescription et régularisation
Régulariser une construction sans permis
Quels délais de prescription et comment régulariser cette construction.
La prescription pénale : 6 ans
L'article L.480-4 du Code de l'urbanisme
C'est la plus simple. Le délai de prescription pénale est de 6 ans à partir de la date d'achèvement des travaux. Passé ce délai, la mairie ne peut plus vous poursuivre devant le tribunal correctionnel.
Avant la réforme de 2017, ce délai était de 3 ans. À présent au-delà de 6 ans, le propriétaire ne risque plus d'amende pénale ni d'injonction de démolir prononcée par un juge correctionnel. Mais attention, cela ne règle pas tout.
La prescription pénale vous protège uniquement du tribunal, elle ne régularise rien et ne vous donne aucun droit supplémentaire vis-à-vis de l'administration.
La prescription civile : 5 ans
L'article 2224 du Code civil
Si un tiers estime que ses intérêts sont lésés, il peut demander devant le juge judiciaire la démolition, la mise en conformité ou des dommages et intérêts. Le délai de prescription est de 5 ans à compter du jour où le tiers a eu connaissance du préjudice.
Il existe un cas particulier : l'action tendant à obtenir la démolition d'une construction édifiée en violation d'une charge réelle grevant un lot au sein d'un lotissement est une action réelle immobilière soumise à la prescription trentenaire de l'article 2227 du Code civil. C'est de là que vient la « règle des 30 ans » — elle ne s'applique que dans ce contexte très précis des lotissements avec cahier des charges.
Si votre voisin ne s'est jamais manifesté dans les 5 ans suivant sa connaissance du préjudice, il perd son droit d'agir — sauf si vous êtes en lotissement, auquel cas ce délai grimpe à 30 ans.
La prescription administrative : 10 ans
L'article L.421-9 du Code de l'urbanisme
L'article L.421-9 du Code de l'urbanisme dispose que lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou de déclaration de travaux ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme.
Mais il y a une exception capitale : cette prescription administrative décennale est écartée lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu, alors que celui-ci était requis.
Ne pensez pas que le temps efface tout : une construction sans permis reste administrativement irrégulière, peu importe son ancienneté.
Le Conseil d'État à confirmé cette Interprétation
Deux situations sont alors possibles
- Cas 1 — La construction bénéficie de la prescription décennale : La construction avait un permis, mais elle ne le respectait pas totalement (non-conformités), OU les travaux relevaient d'une simple déclaration préalable et non d'un permis. Dans ces cas, après 10 ans, la mairie ne peut plus refuser une nouvelle autorisation en invoquant cette irrégularité ancienne.
- Cas 2 — La prescription décennale ne s'applique PAS : Le délai est imprescriptible pour une construction réalisée sans permis alors qu'il était nécessaire. La construction n'a pas d'existence légale administrative tant que la situation n'est pas régularisée. Si vous envisagez d'effectuer des travaux sur votre construction édifiée sans permis de construire, vous devez demander une autorisation pour l'ensemble du bâtiment, à la fois pour régulariser l'existant et pour réaliser votre nouveau projet.
Les délais de prescriptions
Ce que dit vraiment la loi
- Si la construction a été faite sans permis alors qu'il en fallait un, elle est administrativement imprescriptible. La mairie peut toujours refuser toute nouvelle autorisation, et le propriétaire devra régulariser l'ensemble.
- Si la construction a été faite avec un permis mais avec des non-conformités, la prescription de 10 ans joue effectivement en faveur du propriétaire pour les futures demandes d'autorisation.
| Type de prescription | Délai | Ce qu'elle protège | Ce qu'elle ne protège pas |
|---|---|---|---|
| Pénale (art. L.480-4 du Code de l'urbanisme) | 6 ans | Vous ne pouvez plus être poursuivi pénalement ni condamné à démolir | Votre situation vis-à-vis de l'administration reste inchangée |
| Civile (art. 2224 du Code civil) | 5 ans | Votre voisin ne peut plus engager d'action en démolition ou réclamer des dommages et intérêts | Les colotisseurs d'un lotissement avec cahier des charges disposent quant à eux de 30 ans |
| Administrative (art. L.421-9 du Code de l'urbanisme) | 10 ans | La mairie ne peut plus refuser une nouvelle autorisation en invoquant une irrégularité ancienne | Une construction réalisée sans permis alors qu'il était obligatoire reste imprescriptible, peu importe son ancienneté |
Vendre un bien sans permis de construire
Ce que les vendeurs et acheteurs doivent savoir
- Vérifiez que toutes les constructions présentes sur votre terrain disposent bien d'une autorisation d'urbanisme avant de mettre en vente.
- En cas d'irrégularité constatée, anticipez la régularisation le plus tôt possible, car elle peut prendre du temps et se heurter au PLU actuel.
- Signalez toute irrégularité connue à votre notaire : taire une non-conformité vous expose à une action en vice caché après la vente.
- Demandez systématiquement à consulter les autorisations d'urbanisme liées au bien : permis de construire, déclarations préalables et certificats de conformité.
- Si un doute subsiste, rapprochez vous du service urbanisme de la mairie concernée avant toute signature.
- Un bien qui semble en ordre peut cacher une irrégularité ancienne : une fois l'acte signé, le problème devient le vôtre.
- Un cas que je peux rencontrer : un propriétaire souhaite vendre son bien et son notaire lui demande de régulariser une remise construite sans aucune autorisation. En étudiant le dossier, je constate deux problèmes majeurs : la remise est implantée en zone non constructible du PLU, et l'emprise au sol maximale autorisée sur la parcelle est déjà atteinte par les constructions existantes régulières. Dans ce cas, la régularisation est tout simplement impossible : la mairie ne pourra délivrer une autorisation dans ce cas précis.
- Autre exemple : une demande de régularisation me parvient concernant une véranda construite en extension d'une maison. En effet celle-ci est absente des plans du permis de construire initial. La première étape est systématiquement la même : vérifier l'emprise au sol autorisée par le PLU en vigueur. En effectuant ce calcul, il s'avère que la véranda dépasse le seuil maximum autorisé sur la parcelle de quelques mètres carrés seulement. Une différence minime, mais suffisante pour bloquer toute régularisation.
| Problème constaté | Cause fréquente | Conséquence pour la régularisation |
|---|---|---|
| Non-respect des distances aux limites de propriété | Construction trop proche du voisin ou de la limite séparative | Refus de permis de régularisation si le PLU actuel impose un recul minimum non respecté |
| Surface d'emprise au sol dépassée | Garage, véranda, extension réalisés sans autorisation | Impossible de régulariser si le coefficient d'emprise au sol maximum du PLU est déjà atteint ou dépassé |
| Hauteur hors-tout non conforme | Surélévation ou toiture modifiée sans déclaration | Refus si la hauteur maximale autorisée par le PLU est dépassée |
| Aspect extérieur non conforme | Matériaux, couleurs ou menuiseries non conformes aux prescriptions du PLU ou de l'ABF | Mise en demeure de remettre en état, difficultés en secteur protégé |
| Changement de destination non déclaré | Transformation d'un garage en pièce de vie, d'un local commercial en habitation | Nécessite une autorisation spécifique, souvent bloquée par le PLU ou le règlement de copropriété |
| Construction en zone non constructible | Cabanon, abri de jardin édifié en zone N ou A du PLU | Régularisation impossible, démolition potentiellement exigée |
- L'article L.152-3 est clair sur ce point : les règles et servitudes définies par un PLU ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles expressément prévues par la loi. Seules des adaptations mineures sont possibl1es, lorsqu'elles sont rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes.
- L'article L.152-5 prévoit des dérogations très ciblées aux règles d'emprise au sol, de hauteur, d'implantation et d'aspect extérieur, limitées à quatre cas précis : l'isolation en saillie des façades, l'isolation par surélévation des toitures, les dispositifs de protection contre le rayonnement solaire en saillie, et l'installation d'ombrières dotées de procédés de production d'énergies renouvelables sur des aires de stationnement.
- L'article L.152-4 prévoit quant à lui des dérogations spécifiques pour les travaux nécessaires à l'accessibilité des personnes handicapées à un logement existant, lorsque les caractéristiques propres à ces immeubles sont contraires aux règles du PLU.

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